Hommage à Jacquotte Rivière-Raverlat

Troublée par la nouvelle du décès de notre amie,

Jacquotte RIBIERE-RAVERLAT

Membre d’honneur de l’IKS

survenu le 23 juillet dernier, à Nantes, dans sa 87ème année,

je me dois de vous en faire part et de lui rendre cet hommage.

Personnalité remarquable, ouverte à toutes les nouveautés pouvant faire progresser l’enseignement et rigoureuse dans leur transmission, elle a servi la cause de l’éducation musicale pendant toute sa carrière de professeure et de formatrice d’enseignants.

Sa découverte, en 1964, de la pédagogie de l’éducation musicale mise en œuvre dans les classes hongroises dès l’école maternelle, a été une révélation déterminante pour la suite de son œuvre.

Elle fut parmi les premiers professeurs étrangers à séjourner en Hongrie pendant une année scolaire entière (1965-1966) pour y rencontrer Zoltán Kodály et visiter les écoles hongroises. Elle a pu bénéficier de contacts privilégiés avec Erzsébet Szônyi, Katalin Forrai, László Vikár, qui lui ont ouvert les portes de l’Académie de Musique du Budapest. Ce fut aussi l’occasion d’échanges avec de nombreux enseignants, principalement lors de ses observations dans des classes de tous niveaux.

Constatant la pertinence des fondements  de la pédagogie utilisée et l’évidence des excellents résultats obtenus grâce à la rigueur de la progression mise en œuvre, Jacquotte s’est sentie investie d’une mission à son retour en France et dès 1967 elle a publié « L’Éducation Musicale en Hongrie », préfacé par Kodály lui-même.

Elle fut ensuite l’une des premières observatrices de cette conception de l’éducation musicale à ressentir la nécessité de son ADAPTATION à la culture, au patrimoine musical et aussi au système scolaire du pays qui souhaitait s’en inspirer.

Elle s’y est employée, prioritairement, en analysant plus d’un millier de chants traditionnels de nos provinces françaises. L’étude des caractéristiques musicales de ce patrimoine lui a permis d’en dégager une classification allant des plus simples aux plus complexes et d’en déduire une progression pédagogique, rythmique et mélodique. Le résultat de ce travail lui a valu les félicitations de Kodály en personne et forte de ces encouragements, elle n’a eu de cesse de conduire elle-même l’EXPERIMENTATION de cette progression dans des classes d’écoles primaires.

Elle a effectué ce travail au Québec et en France tout en préparant la publication de ses premiers recueils pédagogiques, tant son souci de la TRANSMISSION la portait à agir vite.

Entre 1974 et 1978, elle n’a pas publié moins de:

  • 4 volumes intitulés « Un chemin pédagogique en passant par les chansons », classées selon sa progression,
  • 3 livres de l’élève,
  • 2 livres du maître,
  • et en 1980, 2 disques:  « Rondin Picotin » et « Loup Garou ».

Ces documents ont été largement diffusés et utilisés à partir de 1975, grâce à son travail de professeur, de formatrice d’enseignants, puis d’inspectrice.

C’est en effet en 1980, au Ministère de l’Éducation Nationale, qu’elle fut « chargée d’une mission nationale d’inspection générale auprès des formateurs en Écoles Normales puis auprès des conseillers pédagogiques d’éducation musicale », ils étaient à l’époque un ou deux par département.

Cette nomination laissait espérer la reconnaissance officielle de son travail.

L’organisation qu’elle avait mise en place assurait un suivi de la formation initiale à la formation continue des instituteurs et commençait à porter ses fruits dans de nombreux départements.

Mais autour de l’année 1990, lorsque la formation des enseignants a quitté les départements pour être transférée dans les régions et se rapprocher des Universités, la chaîne de la transmission fut très affectée.

La déception de Jacquotte fut telle qu’elle en a été malheureuse sur la fin de sa carrière et qu’elle s’est isolée, ressentant regrets et amertume de ne pas avoir réussi à obtenir la reconnaissance officielle de la valeur de son travail.

Étant l’une de ses fidèles amies et ayant beaucoup œuvré à ses côtés, j’ai souvent recueilli ses regrets et les ai partagés.

Tous ceux qui en France ou dans le monde, au sein de l’International Kodály Society, ont été témoins de ta clairvoyance, de ta ténacité, du bien-fondé de l’œuvre que tu as accomplie, t’en sont infiniment reconnaissants et garderont de toi un souvenir toujours vivant.

MERCI JACQUOTTE !

Christiane Pineau, Directrice d’École retraitée, fondatrice de la Voix de Kodály en France et membre d’honneur de l’IKS